Culture italienne
Cinéma
Film
de Roberto Benigni 
La vie est belle
(La
vita è bella)
1997 - 92 mn
Scénaristes : Vincenzo Cerami,
Roberto Benigni
Roberto Benigni : Guido Orefice
Nicoletta Braschi : Dora
Giustino Durano : Eliseo Orefice
Sergio Bini Bustric : Ferruccio Papini
Giuliana Lojodice : Principal de l'école
Amerigo Fontani : Rodolfo
Pietro De Silva : Bartolomeo
Francesco Guzzo : Vittorino
Raffaella Lebboroni : Elena
Giorgio Cantarini : Giosué Orefice
Marisa Paredes : Madre di Dora
Horst Buchholz : Docteur SS
Claudio Alfonsi : Amico Rodolfo
Gil Baroni
Massimo Bianchi
Guido, un jeune italien, tombe amoureux de Dora, une belle institutrice
promise à un fasciste qu'elle déteste. En
véritable génie de la séduction, il
invente toute
sorte de stratagèmes délirants pour la
séduire,
puis l'épouser. Quelques années plus tard, en
1943, Dora
rentre chez elle mais ne trouve ni Guido ni leur fils
Giosuè,
ils ont été déportés. Dora
décide de
les suivre. A l'intérieur du camp, Guido, par amour pour son
fils, n'a qu'une obsession, lui cacher la réalité
de leur
situation...
Entretien
“La Vie est belle” raconte
l’histoire d’une
famille de juifs toscans ou plutôt d’une famille
“mixte” déportée dans un
camp. Pourquoi vous
êtes-vous intéressé à un
sujet aussi
différent de ceux de vos précédents
films ?
Je ne me suis jamais demandé si cette idée
était
semblable ou différente de celles de mes autres films.
J’ai seulement senti qu’elle me plaisait
énormément, qu’elle me bouleversait. Je
pourrais
même dire que ce n’est pas moi qui suis
allé
chercher cette idée, mais que c’est elle qui est
venue me
chercher. Un jour je l’ai trouvée sur moi et
depuis ce
moment-là, elle ne m’a plus
quitté…
J’ai pensé à Trotski et à
tout ce
qu’il a enduré : enfermé dans un bunker
à
Mexico, il attendait les tueurs à gages de Staline, et
pourtant,
en regardant sa femme dans le jardin, il écrivait que,
malgré tout, la vie est belle et digne
d’être
vécue. Le titre est venu de là…
Rire nous sauve, voir l’autre côté des
choses, le
côté irréel et amusant, ou
réussir à
l’imaginer, nous aide à ne pas être
réduits
en miettes, à ne pas être
écrasés comme des
brindilles, à résister pour réussir
à
passer la nuit, même quand elle s’annonce
très
très longue. Dans ce sens, l’on peut faire rire
sans
blesser personne : l’humour juif est
téméraire.
Vous saviez qu’il s’agissait
d’un sujet délicat. Cela ne vous a pas
freiné…
Bien sûr que si. Quand on tombe amoureux on a toujours peur,
et
pour aimer il faut du courage. Quand cette idée
s’est
emparée de moi, comme une illumination, une
révélation, j’ai
immédiatement
reculé. Une réaction de peur, comme pour me
défendre. Mais je tenais à cette idée,
qui
m’empêchait même de dormir, et
c’était
un sentiment si fort que la peur a disparu. Je n’ai jamais
songé à faire une reconstitution exacte. Prenons
la
première partie : l’Italie de 1938 n’est
pas
minutieusement reconstituée. Un historien crierait
probablement
au scandale… Il en est de même pour le camp.
C’est
une idée - au sens quasi platonicien - de camp,
l’idée d’une antre du Mal,
d’une antre du
monstre. Comme dans un conte pour enfants.
Donc, “La Vie est belle” n’est
pas une
reconstitution historique mais une fable dans laquelle
l’histoire
entre comme un matériau ?
Il ne faut rien y chercher de réaliste. Il n’y a
rien de
plus puissant et de plus terrible que d’évoquer la
terreur. Comme dit Edgar Poe, si, parvenu au bord du
précipice,
on ne regarde pas, l’horreur est incommensurable. Si on la
montre, elle devient telle qu’on la montre.
D’après
ce que j’ai lu, vu et ressenti dans les
témoignages des
déportés, je me suis rendu compte que rien ne
pouvait
approcher la réalité de ce qui s’est
passé.
Comment montrer de façon réaliste ce que je
n’ai
même pas le courage de dire ?
C’est si inconcevable qu’il est presque facile de
faire
croire que tout cela n’était qu’un jeu.
Primo Levi
en parle dans “Si c’est un homme”. Il
décrit
l’appel du matin dans le camp. Tous les détenus
sont nus,
immobiles., et Levi regarde autour de lui en se disant : “Et
si
ce n’était qu’une blague, tout
ça ne peut pas
être vrai…” C’est la question
que se sont
posés tous les survivants : comment cela a-t-il pu arriver ?
Fuir le réalisme, n’est-ce pas trahir la
réalité ?
A chaque fois que l’on écrit, il
s’opère une
trahison. L’artiste trahit parce qu’il doit choisir
un
style, trier la réalité, éliminer des
choses,
suivre une narration.
J’ai aussi pensé à cette belle phrase
de Keats :
“Ce n’est pas ce qui est vrai qui est beau,
c’est ce
qui est beau qui est vrai.” Quand une chose est belle, elle
devient réelle. Si le film est réussi, et
j’espère qu’il l’est, le camp
devient vrai.
Comment qualifier le personnage que vous incarnez dans le film
?
Dans le film, je suis antifasciste, non seulement au fond de mon coeur,
mais aussi physiquement : dans ma façon
d’apparaître, on comprend que je ne peux pas
être
fasciste, parce que mes sourcils, mes incisives, mon ventre sont
antifascistes ! Je représente la liberté totale,
la
générosité. Et également
l’enfance.
Vous avez lu de nombreuses oeuvres de la
littérature yiddish.
Guido ne se rapproche-t-il pas de la figure du
“schlemiel” ?
Non. J’ai eu la chance de côtoyer la
littérature
juive à travers Shalom Aleichem, ou Isaac Bashevis Singer,
longtemps mon auteur préféré. Mon film
“Le
petit diable” était un peu inspiré de
Singer : le
petit diable, comme disait le personnage joué par Walter
Matthau, était un dibbouk, un diablotin farceur…
Mais
là, je voulais créer un juif qu’on ne
puisse pas
identifier à des signes précis, mais qui soit
comme moi.
Je voulais que le spectateur se demande : “Pourquoi est-ce
qu’ils ont pris Benigni ?”, comme si on pouvait
m’attraper moi aussi. Celui que j’ai
créé est
un juif intégré, assimilé, qui vit sa
vie, qui ne
s’occupe pas de politique, qui fait son travail, et dont la
vie
est tout d’un coup brisée par une hache, comme
c’est
arrivé dans la réalité. Un personnage
avec lequel
tout le monde puisse s’identifier.
Comment est née l’idée du
père protégeant son fils ?
Quoi de plus beau, quoi de plus émouvant, qu’une
histoire
d’amour avec un enfant ? A la base, il y a le principe
d’éviter le traumatisme aux enfants, de
protéger la
pureté. Le sentiment le plus ancien, le plus grand et le
plus
profond que les hommes puissent posséder. Mais il y a aussi
le
fait que les enfants doivent savoir, et dans le film, comme dans un
conte, c’est comme si l’enfant vivait à
travers mon
regard. Quand je meurs, c’est comme s’il savait
tout.
Pour le personnage de Giosuè, j’ai choisi
l’âge que Conrad définit comme celui de
la
“ligne d’ombre de l’enfance”,
l’âge
où l’on comprend tout mais où on peut
aussi croire
qu’il s’agit d’un jeu. Giosuè
a probablement
tout compris… Après avoir écrit le
scénario, j’ai lu un livre qui s’appelle
“L’Enfant de Buchenwald”, et qui raconte
une histoire
très semblable. Ce qui m’a effrayé,
c’est que
la réalité est parfois surprenante, et quand on
invente
les situations les plus abominables, on découvre
qu’elles
ont existé.
Comment vous êtes-vous documenté
auprès des
associations juives, comme le CEDEC de Milan ? Quel a
été
l’apport des historiens avec lesquels vous avez
travaillé,
comme Marcello Pezzetti, et aussi des anciens
déportés
qui sont cités au générique ?
Leur apport a été enthousiasmant et
émouvant. Au
début j’avais très peur que les gens
soient
méfiants. Me présenter, dire: “Je suis
Roberto
Benigni, je veux faire un film sur les camps
d’extermination…” - c’est
d’ailleurs ce
qui s’est passé ! J’ajoutais tout de
suite :
“C’est un film, un artiste doit prendre des
libertés”. Ils m’ont mis en garde : ils
m’ont
dit, par exemple, qu’un enfant ne pouvait pas survivre dans
un
camp d’extermination. Mais, d’un autre
côté,
ils ont aussi compris que je voulais qu’ils ne se sentent pas
blessés par le film. Et je crois qu’ils ont senti
dans mon
désir de raconter cette histoire une telle puissance, un tel
amour qu’il leur était difficile de me dire non.
Des rescapés sont venus sur le tournage et Marcello
Pezzetti,
qui est un historien de la déportation, a veillé
à
ce qu’il n’y ait pas d’erreurs trop
grossières. Mais soyons clairs, si j’avais mis un
nom
où une référence précise
à un camp
italien, allemand ou polonais, c’est à ce
moment-là, d’un point de vue historique,
qu’on
aurait pu me dire : “Non, ce n’était pas
comme
ça”.
Plusieurs déportés ont
expliqué que dans les
camps l’humour les avait aidés à
survivre. Dans vos
recherches, en avez-vous parlé avec des survivants ?
J’ai vu un documentaire intitulé
“Memoria”,
auquel a participé Marcello Pezzetti, et il y a dedans des
témoignages qui sont très amusants. Le peuple
juif a
quasiment inventé l’humour. Ça fait
partie de leur
ADN ! Mais, bien que je sois un comique, dans le film il n’y
a
plus d’humour à partir du moment où
j’entre
dans le camp. A ce moment-là, le film devient tragique.
Le film est clairement construit en deux parties. Et la
première a pour fonction d’installer le climat de
conte de
fées, de montrer que Guido est un personnage
poétique qui
peut reconstruire la réalité…
C’est l’histoire des personnages qui est
divisée en
deux, mais pas le film. Dans la deuxième partie, mon
personnage
et celui de Nicoletta Braschi sont exactement les mêmes que
dans
la première partie, mais ils se trouvent dans une situation
extrême : celle d’un camp
d’extermination, ils
réagissent donc en conséquence.
Mais le film est aussi et surtout cela : l’histoire
d’une
famille heureuse qui soudain, en n’ayant commis aucune faute
et
sans aucune raison, est jetée dans l’horreur. Tout
comme
malheureusement cela arrivait à
l’époque.
Le film est aussi une histoire d’amour…
Oui, Guido meurt parce qu’il part à la recherche
de sa
femme. Et l’amour pour sa femme est très fort dans
le
personnage : il parle sans cesse d’elle, voudrait la revoir.
Comme dans “Maus”, de Spiegelman, cette bande
dessinée où les juifs sont des souris et les
allemands
des chats. Un chef-d’œuvre absolu, une
œuvre à
mettre au rang des grands romans. Dans “Maus”, le
personnage cherche toujours sa femme, c’est une histoire
d’amour extraordinaire.
“La Vie est belle” rappelle aussi que les
persécutions contre les juifs n’ont pas eu lieu
uniquement
avec l’arrivée des Allemands, mais qu’en
Italie
elles existaient avant. Il semble qu’il y ait en Italie une
occultation de ce passé antisémite et raciste. Le
film
est-il aussi une réaction à ce tabou de
l’histoire
italienne ?
Les historiens ont là-dessus des avis divergents.
Le fascisme était une chose épouvantable. Mais il
est
facile de le dire après coup : moi, je voulais aussi le
présenter comme une clownerie, un cirque stupide. Il
n’y a
pas de haine dans mon personnage.
Mais quand Guido arrive chez son oncle, et croise les trois voyous,
ceux qui vont ensuite peindre le cheval en vert, il est clair que
c’est à cause d’eux, de leurs
“plaisanteries” que Guido sera
déporté. Quand
le fascisme a permis, comme il l’a fait à Trieste,
à Florence, dans de nombreuses villes, de faire des razzias
dans
les bars, de casser les vitrines et de frapper impunément
les
juifs, c’était les étudiants qui
faisaient
ça. Ils pissaient sur les tables, ils faisaient ce
qu’ils
voulaient dans tous les lieux où il y avait des juifs et ils
n’étaient pas punis. Ce
n’était pas permis
par la loi, mais par le gouvernement. On disait à
l’époque : “Ils s’amusent, ce
n’est
rien”. Mais c’est justement ce genre de choses qui
effraye
le plus parce que cela conduit à la barbarie.
Le film est un appel à se souvenir de cette
escalade ?
Avant tout, le film est un film. Si ensuite ceux qui l’ont vu
se
demandent comment tout cela a pu arriver, ce serait magnifique. Nous ne
devons pas oublier, mais je ne voudrais pas que cela devienne un simple
slogan. Qui a dit que ces horreurs ne sont propres qu’au
nazisme
? Elles peuvent toujours se reproduire. Elles se sont
répétées récemment, par
exemple en Bosnie.
Il faut regarder le visage que prend aujourd’hui ce
qu’on
appelait autrefois le nazisme.
Quel accueil a eu le film en Italie, parmi les juifs et les
anciens déportés ?
J’avais très peur. Nous avons fait une
avant-première pour la communauté juive de Milan,
devant
tous les rescapés et les anciens
déportés. Et pour
un comique qui est habitué à voir les gens
s’esclaffer quand la lumière s’allume,
de voir tous
ces gens dans le silence total, qui pleuraient et qui venaient
m’embrasser, ça m’a donné
à moi aussi
envie de pleurer. C’était un moment
très fort, je
n’ai jamais eu ce type de réaction à
aucun de mes
films. La chose qui m’a le plus ému
c’est
qu’une famille de juifs italiens a planté en
Israël
des arbres en mon honneur et en celui de Nicoletta Braschi.
Guido, un jeune italien, tombe amoureux de Dora, une belle institutrice
promise à un fasciste qu'elle déteste. En
véritable génie de la séduction, il
invente toute
sorte de stratagèmes délirants pour la
séduire,
puis l'épouser. Quelques années plus tard, en
1943, Dora
rentre chez elle mais ne trouve ni Guido ni leur fils
Giosuè,
ils ont été déportés. Dora
décide de
les suivre. A l'intérieur du camp, Guido, par amour pour son
fils, n'a qu'une obsession, lui cacher la réalité
de leur
situation...
Une satire explosive de la guerre et du nazisme qui s'appuie
sur
l'amour d'un couple et l'amour d'un père envers son fils.
Palme d'Or à Cannes en 1998. On se souviendra aussi des
effusions de joies de Roberto Begnini, un morceau
d‘anthologie !
Benigni occupe une place particulière dans la
comédie
italienne. La spécificité du cinéma de
Benigni
dépasse bien évidemment le seuil du simple
«
numéro d’acteur » – bien que
ses apparitions
à l’écran (ou en public) soient toutes
mémorables et lui permettent de
déchaîner son
étonnante capacité créative
– et se situe
dans son habileté à transformer le sordide en
merveilleux. La vie est belle constitue un parfait exemple de cette
disposition à mettre la fable au service de
l’imaginaire
de l’enfance.
Guido, le personnage principal du film, illustre le «
devenir-enfant » qui sommeille chez chaque adulte. Mais la
trouvaille du réalisateur, aussi géniale
qu’audacieuse, est de développer ce
thème à
travers une mise en abîme du racisme, de la
déportation et
de la condition humaine, qui aboutit inéluctablement
à la
mort. Autrement dit, la reconstitution historique de La vie est belle
n’a nul besoin d’être minutieuse, tant
celle-ci
s’intéresse en premier lieu à une
problématisation de l’homme lorsqu’il
est
confronté à l’insoutenable. Benigni
évacue
ainsi toutes références précises
à
l’histoire. Une simple indication, au début du
film,
annonce que nous nous trouvons à Arezzo[1], en 1939. Les
éléments de datation sont ensuite quasiment
inexistants,
du moins dans la première partie de la fiction. On remarque,
au
détour d’un plan, une affiche de propagande ou des
décors de style Art déco. La
représentation du
régime se limite presque entièrement au
personnage
ridicule du fonctionnaire fasciste, le fiancé de Dora
(Nicoletta
Braschi), la jeune femme que Guido tente de séduire par tous
les
moyens.
La vie est belle fourmille, malgré tout, de trouvailles qui
mettent en équation le rapprochement de l’Italie
et de
l’Allemagne. Dans une scène, Guido rentre dans un
magasin
de tapisserie. Lorsque le protagoniste demande au patron son opinion
sur la situation politique actuelle, celui-ci interpelle ses deux fils,
qui se prénomment Benito et Adolf. Le calembour souligne la
grégarité de la population italienne, qui semble
avoir
perdu toute faculté de discernement. Aussi, la
séquence
dans laquelle Benigni se fait passer pour un inspecteur du
ministère de l’éducation,
revêt-elle un
caractère capital. Le cinéaste, au lieu de
démontrer, comme l’annonce la directrice de
l’école, que la race italienne est « la
meilleure de
toutes », s’emploie à ruiner la
rhétorique
raciale du régime, plagiat de
l’idéologie
hitlérienne. Le spectateur assiste ainsi à une
performance d’acteur mémorable : Guido, petit
bonhomme
malingre et juif de surcroît[2], décrit, face
à un
public d’enfants médusés, la perfection
de son
oreille, de son nombril ou de sa musculature, preuve
irréfutable
qu’il est un authentique spécimen de la race
aryenne.
L’humour se substitue ici à la moindre forme de
déduction savante. Le principe de raison ne vaut
même pas
la peine d’être invoqué : il suffit
à Guido
de tourner en ridicule la nazification du fascisme pour
pulvériser, en quelques secondes, l’entreprise
fallacieuse
des théoriciens antisémites.
Son talent d’improvisation et son aptitude à
retourner
chaque situation à son avantage lui seront de plus
d’une
grande utilité lorsqu’il s’agira de
protéger
son fils à Auschwitz. Mais, pour l’instant, Guido
est
confronté à une discrimination quotidienne, qui
n’a
pas encore revêtu sa forme létale. La
persécution
des Juifs, dans la première partie du film, est donc
seulement
véhiculée par les mots. « Magasin juif
»,
« Attention cheval juif », autant
d’appellations
grotesques qui révèlent le non-sens de
l’antisémitisme. Comment une librairie ou un
animal
pourraient-ils être juifs ? Une fois de plus,
l’approche de
Benigni, en ne s’embarrassant d’aucune
démonstration
véritable, prouve la vacuité de
l’argumentaire des
racistes. La polémique mondiale suscitée par La
vie est
belle, compréhensible sur certains points, relève
la
plupart du temps d’une erreur
d’interprétation
conséquente de la part des détracteurs. Benigni
ne rit
pas de la Shoah et ne tente pas de détourner ou
d’instrumentaliser celle-ci à des fins
tragicomiques
– c’est- à-dire une objectivation
répondant
aux normes du spectacle ou d’un divertissement familial. Il
ne
désacralise en rien la mémoire juive et ne
banalise pas
les millions de victimes disparues dans les lagers. Benigni rit en fait
de la monstrueuse stupidité des antisémites et
dénonce, avec virulence, la dangerosité de leur
système de pensée,
révélée
clairement dans la seconde partie du film. On ne saurait mieux
combattre l’ineptie du racisme qu’en exposant
l’irrationalité de ses promoteurs ; car
c’est bien
cette irrationalité – née à
Bayreuth dans
les cercles wagnériens et diffusée ensuite de
manière plus ou moins scientifique – qui est
responsable
de l’existence des camps d’extermination.
[1] « J’ai décidé de
tourner à
Arezzo parce que je n’avais jamais joué en
Toscane. Le
choix d’Arezzo s’explique par le fait que
j’avais
peur que les grandes villes telles que Rome ou Florence
dépassent l’histoire, que je ne
réussisse pas
à contenir l’image… Je devais penser
à
l’image que je voulais donner de la ville, si je voulais
représenter la piazza della Signoria à Florence
ou le
Colisée à Rome, ça devenait difficile.
J’avais peur que cela m’occupe de trop, je ne
voulais pas
perdre de temps à la représentation
d’une ville au
point de vue stylistique » (cf. J. A. GILI, «
Entretien
avec Roberto Benigni », in Positif, n°452, octobre
1998, p.
35).
[2] « Dans le film, le personnage que je joue, Guido,
n’est
pas un Juif politiquement engagé. Il est
assimilé,
intégré. Un peu comme Primo Levi qui avouait ne
pas avoir
eu conscience d’être juif avant que
n’arrivent les
lois raciales de Mussolini. Dans le film, on apprend
d’ailleurs
que Guido est juif presque par hasard. Ce qui est sûr,
c’est qu’il est antifasciste. Tout son corps
l’est,
tout son être l’est… » (cf. M.
REBICHON,
« Benigni. Le regard du clown », in Studio, op.
cit., p.
98).
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